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Dans l'antre technicien (3) : écrit sur son lieu de travail

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Chaos

Est-ce une page ou une de ce vieilles psychés où se méprend le regard, où la peau se répand comme en un déversoir?
Les mains sont trop mains, les yeux, le cillement pulsatile engrènent le corps blanc et mollasse qui, électuaire d'un jour de labeur, éprouve sa gène balourde.
Dans un regard fugace, qu'une embrasure cingle de mille traits vengeurs, la chair se pétrifie, creusée d'un frémissant émoi.

Penché sur la table qui lui sert de bureau, vis-à-vis l'écran parasite, le corps se plie, vrille, jusqu'à la contorsion. Il lorgne l'échappatoire impossible de ses labyrinthes professionnels, de ses heures interminables où les rouages des tâches réitérées, des mots fades et des pas appelés, se répondent en syllabes chromées.

Au comble de ses tiraillements il progresse vers l'orée de ses pensées, les prémices de l'imaginaire.
Chimères et rumeurs bruissent de conserve dans les méandres fiévreux de ses émois. Du cœur meurtri et vulnéré jaillissent en girande les …

Soulèvement saturnien

C'est un curieux combat qu'entre les jours graciles venant à pas menus, l'on s'apprête à livrer.
La lutte absolue qui ne négocie pas les termes continus de sa vigueur.
Près du moment, de l'heure impérieuse, un second souffle emporte la révolte première.
Dans sa lumière naissante, elle modela des êtres et dressa ses corrals.

Les Furies de nos temps, maupiteuses épicières, talonnent l'homoncule de ses appellations,
de ses rangs, de ses noms.
C'est l'ère des étiquettes, des êtres mués en choses. Même le séditieux hésite en sa révolte.

À l'heure et au moment, quand se rompt le licol, prends garde à la parole et ses mots régiments.

Inventaire

Je me nourris de joie Des fruits doux de la terre Et des serrements de cœur Des fièvres rigoureuses Et des élans d'amour De la paix des chartreuses Des roulements de tambour
Je me nourris des autres De leurs pieds de leurs mains De leurs mots de malheur De leurs beaux lendemains De leurs échines rêches De leurs voix de velours Des retours de la pêche Du cor de chasse à courre
Je me nourris encore Des vitrines brisées Des cercles concentriques Des lunes tamisées Des senteurs organiques De la blême jetée Du murmure du ressac Des regards éreintés Des cités mises à sac
Je me nourris enfin Des reines légendaires Des hannetons cuivrés Du pas du dromadaire Des ramures givrées
Je me nourris de toi Emmi cette folle danse Qu'use la vie démente Impérieuse amante


Dans l'antre technicien (2) : des roulades entre les livres

Ainsi le bâtiment était-il cerné par les houles et les rafales sibilantes, planté en un bloc circulaire vitré d'outre en outre et ceint d'un étagement de boisures. La pluie cinglait des visages indistincts sous divers capuchons et revêtait le parvis traversé de badauds de traits impressionnistes.
Derrière les portes automatiques alternant ouverture et clôture en un ballet étouffé, régnait un calme d'ennui et d'étude.

L'on rompait la torpeur qu'administraient le travail et son antre, en disjoignant l'acte de la pensée : le propos d'un collègue épousait les contours de la curiosité, et les tâches manifestaient leur nature contingente. Tout composait un tableau dont il était loisible, à tout moment, de déranger l'evanescente composition.

Le temps requis pour satisfaire au dispositif informe et inanimé de la technique moderne et ses lois nécrophages, se réduisit peu a peu, relégué aux ordres secondaires de la vie, en deçà même des désirs "naturels…